Un logement adapté ne se résume pas à des normes d’accessibilité. Il doit répondre, concrètement, aux habitudes de vie, aux déplacements, aux soins, à la sécurité et au besoin d’autonomie de la personne. La vidéo que nous vous proposons de découvrir en offre une illustration particulièrement réussie : le logement d’Églantine a été aménagé dans l’ancienne annexe d’une maison familiale. Le résultat associe fonctionnalité, esthétique et qualité de vie.
Notre cabinet a accompagné Églantine dans la définition de ses besoins et dans la démarche indemnitaire ayant permis de financer cet aménagement. Cette réalisation montre ce que peut produire un accompagnement coordonné entre la victime, ses proches, l’ergothérapeute, les professionnels du bâtiment et l’avocat : transformer un besoin objectivé en un véritable lieu de vie.
Une décision qui confirme une approche fondée sur les besoins
Cette expérience concrète fait écho à l’arrêt rendu le 28 mai 2026 par la deuxième chambre civile de la Cour de cassation (pourvoi n° 24-19.645), à propos d’un arrêt de la cour d’appel de Pau du 18 juin 2024. La Haute juridiction confirme que l’indemnisation d’un logement adapté peut préparer un retour à domicile qui n’est pas encore effectif, dès lors que ce besoin est établi et que le projet est techniquement réalisable.
Principe. La réparation intégrale doit donner à la victime les moyens de répondre aux besoins créés par son handicap. Elle ne se limite pas aux dépenses déjà engagées : elle doit aussi permettre la réalisation d’un projet de vie rendu nécessaire par les conséquences de l’accident.
Le rappel des faits
Un jeune motard de 20 ans est grièvement blessé dans un accident de la circulation. Par la suite accueilli dans une maison d’accueil spécialisée, il exprime le souhait de vivre à domicile. Or la petite maison qu’il avait achetée dix jours avant l’accident ne peut être adaptée à son handicap. Pour établir la faisabilité de son projet, il produit une étude technique, des plans et un devis de construction.
L’assureur, Allianz IARD, s’oppose à la demande. Il souligne que la victime est déjà propriétaire, conteste l’impossibilité d’aménager le bien existant et soutient que le retour à domicile n’est pas suffisamment établi. Il invoque notamment l’absence d’un « projet de vie » formalisé et approuvé, ainsi que l’absence d’avis de l’expert sur l’opportunité du retour.
La réponse de la cour d’appel de Pau
Dans son arrêt du 18 juin 2024, la cour d’appel de Pau écarte ces objections. Elle retient que le retour à domicile est réalisable avec une aide permanente et que l’impossibilité d’aménager l’ancienne maison est démontrée.
Elle accorde 371 299,91 euros au titre du logement adapté, correspondant au coût du projet et des études, après déduction de la valeur de l’ancien bien, estimée à 27 100 euros.
La solution de la Cour de cassation
Le 28 mai 2026, la Cour de cassation approuve cette solution concernant le logement. Elle relève que la victime a clairement exprimé son souhait de retourner vivre chez elle et rappelle que la personne protégée choisit son lieu de résidence.
Elle précise surtout que le projet de vie prévu par l’article L. 114-1-1 du code de l’action sociale et des familles constitue « un droit de la personne handicapée et non une obligation ». L’absence de document formalisé ne peut donc suffire à neutraliser les preuves concrètes d’un besoin de logement adapté.
Ce qu’il faut en retenir
Exiger que la victime ait déjà quitté son établissement reviendrait à lui demander de disposer, avant toute indemnisation, du logement précisément nécessaire à son retour. Sa situation d’hébergement au jour du jugement ne suffit donc pas à définir ses besoins réparables.
En revanche, ces besoins doivent être démontrés, décrits et chiffrés. C’est ici que l’intervention de l’ergothérapeute et la qualité du bilan situationnel prennent toute leur importance : ils permettent d’identifier les obstacles rencontrés, l’aide humaine requise, les équipements utiles et les aménagements nécessaires, puis de traduire ces besoins en un projet techniquement et financièrement documenté.
Pour aller plus loin : trois articles de Victimes & Préjudices
Cette décision et la réalisation présentée dans la vidéo s’inscrivent dans une réflexion plus large menée par notre cabinet sur l’évaluation et l’indemnisation des besoins liés au handicap.
1. Le rôle de l’ergothérapeute
L’article « L’ergothérapeute : un acteur clé de l’évaluation des besoins » explique comment ce professionnel observe la victime dans son environnement réel et objective, activité par activité, ce qu’elle ne peut plus accomplir seule. Son analyse porte notamment sur l’aide humaine, les aides techniques, le logement et le véhicule adaptés. Elle nourrit le débat d’expertise et donne une base concrète au chiffrage indemnitaire.
2. Le contenu du bilan situationnel d’ergothérapie
L’article « Comment se compose un rapport de bilan situationnel lors d’une expertise ergothérapique à domicile ? » présente la méthode de ce document : observation sur une journée complète, comparaison avec la situation antérieure, analyse de chaque acte du quotidien, préconisations pièce par pièce, quantification de l’aide humaine et inventaire chiffré des aides techniques. Ce rapport transforme les difficultés vécues en éléments vérifiables, discutables et indemnisables.
3. L’aménagement des différents lieux de vie
L’article « La victime d’un dommage corporel et ses différentes résidences » rappelle que la vie de la victime ne se limite pas nécessairement à sa résidence principale. Une résidence secondaire ou le domicile d’un proche régulièrement fréquenté peut également nécessiter des aménagements. Leur indemnisation n’est cependant pas automatique : il faut établir l’usage réel du lieu, la fréquence des séjours, la nécessité fonctionnelle des travaux et leur lien direct avec le handicap.
Conclusion
Le logement adapté est à la fois un poste de préjudice, un projet technique et un espace de reconstruction. La vidéo du logement d’Églantine illustre concrètement cette idée. La jurisprudence du 28 mai 2026 la confirme juridiquement : l’indemnisation doit se fonder sur les besoins établis de la victime et permettre d’anticiper son retour à domicile, sans attendre que celui-ci soit matériellement possible.
L'auteur de cet article :

Me Hervé Gerbi, Avocat fondateur et Gérant.
Avocat à Grenoble, Maître Hervé GERBI est spécialisé en dommages et préjudices corporels, et en corporel du travail. Il est titulaire d’un diplôme de psychocriminalité (analyse criminelle).
