Attention le droit évolue vite, ce qui est vrai aujourd’hui peut ne pas être vrai demain.
Pour vérifier votre situation, contactez-nous

Tel est l’intitulé d’un article paru au Dauphiné Libéré en ce début avril, devançant de quelques heures la publication d’une étude réalisée par le Conseil National des Barreaux (CNB), instance professionnelle des avocats.
Les avocats ne sont donc pas épargnés en ces temps de crise.
Et il y a de quoi s’alerter sur la situation catastrophique de la profession :

  • 4 cabinets d’avocats sur 10 sont totalement à l’arrêt,
  • 80% des cabinets ont un chiffre d’affaire diminué de moitié,
  • 6 avocats sur 10 ont demandé l’aide de 1500 euros du gouvernement,
  • 1% des jeunes avocats ont été licencié

On estime qu’à l’issue de cette crise se sont 27.000 avocats sur les 70.000 existants qui pourraient quitter la profession, réduisant de ce fait au justiciable le libre choix de son conseil.
Je suis donc particulièrement inquiet des retombées pour mes plus jeunes confrères du barreau comme pour ceux qui, après une brillante carrière, affrontent les difficultés économiques.
Cette situation doit nous amener à porter une réflexion d’ensemble sur notre exercice professionnel.
Elle nous autorise à relativiser le combat mené par la profession pour sauvegarder son système de retraite : 3 mois de grève des audiences.
J’ai suivi cette grève pour partie par solidarité avec mes confrères mais j’ai toujours considéré qu’elle ne pouvait avoir qu’un temps bref, tant les enjeux que je défends pour les victimes, sont incompatibles avec des refus de plaider. Le retard accumulé pendant ces mois de grève ne se rattrapera pas et viendra incontestablement ralentir la reprise post confinement.
Nous avons défendu une caisse de retraite « solidaire et excédentaire » de plusieurs milliard d’euros. Où est-elle à cet instant précis où beaucoup de cabinets meurent d’asphyxie ?
Nous défendions avec cette grève l’accès de tous à la justice, notamment par la sauvegarde de l’aide juridictionnelle. Or, cette grève, a été mal comprise par les justiciables, car délétère pour eux.
Si j’étais critique sur la méthode employée, la grève, je souhaite que nos politiques se saisissent tant de la question de l’accès de tous à la justice, que du fonctionnement de la justice.
La défense des justiciables sous le régime de l’aide juridictionnelle est aujourd’hui majoritairement assuré par des structures très fragiles. L’impact négatif (principalement l’augmentation des charges) de la réforme des retraites touche en premier lieu ces structures et donc indirectement les justiciables qu’elles défendent,
Je suis de ceux qui pensent que pour les auxiliaires de justice que sont les avocats, l’aide juridictionnelle n’est ni l’apanage ni le fardeau des plus jeunes ou modestes avocats.
Tous les avocats, quels que soient leur taille, leur secteur d’activité, leur spécialisation ou leur notoriété devraient être assujettis chaque année à une obligation d’accomplissement d’un certain nombre de mission à l’aide juridictionnelle.
Les justiciables les plus modestes ont aussi le droit d’être défendus par les meilleurs avocats
Les avocats doivent donc repenser l’exercice de leur profession dans un esprit de pérennité financière.
C’est pourquoi une réforme en profondeur des moyens matériels, humains et financiers s’impose.
La dématérialisation des cabinets n’est pas généralisée : elle sauve sans doute ceux qui y ont cru très tôt, ont investi en technologie, et peuvent aujourd’hui télétravailler avec la même efficacité qu’au bureau.
La notoriété s’acquiert d’abord par la compétence, ce qui suppose de se doter des meilleures bases de données juridiques et d’accéder aux formations les plus spécialisées.
Les avocats ne doivent pas avoir peur d’entrer de plein pieds dans la spécialisation : nous sommes environ 10% d’avocats spécialisés en France, c’est-à-dire titulaire d’un certificat reconnu au niveau national et qui souvent s’accompagne d’une activité exclusive dans une matière donnée. Il y a encore sans doute trop de généralistes qui, pour tenter de se démarquer, arguent de compétences parfois trompeuses pour le justiciable.
La valorisation du travail en équipe est également un enjeu majeur dans une profession individualiste faite d’égo qui sont à la fois l’atout du dynamisme et dans le même temps le handicap de la fermeture aux autres.
Les avocats se recrutent entre eux ou dans des filières analogues.
Je suis heureux de compter parmi mes 10 collaborateurs(trices), 4 profils venant du monde de l’entreprise : ils sont une infinie richesse pour l’organisation administrative, comptable, logistique, et le développement de notre cabinet.
Ils et elles participent à rendre le meilleur service possible aux victimes.
Le statut des avocats collaborateurs, libéraux ou salariés, est un défi majeur des jeunes générations.
Combien ai-je vu défiler devant moi d’avocats candidats refusant un poste de salarié, pourtant mieux rémunéré et mieux protégé, parce que leur nom ne figurerait pas sur le papier entête ou la plaque d’immeuble…
La fierté de l’égo rime pour beaucoup avec des journées vides de clients, et se conjugue difficilement avec un travail en équipe, dans cet esprit collectif que seul le milieu sportif peut aussi faire connaitre.
Les dossiers au compte-goutte plutôt que la diversité des combats à mener semble être le choix fait par de très nombreux jeunes avocats.
Je suis de ceux qui pensent qu’une place dans une équipe est un pacte d’engagements réciproques basés sur la compétence, la confiance, la reconnaissance mutuelle, la valorisation et…la progressivité.
Aux cabinets de permettre en leur sein le développement humain.
Mais tout ceci aboutit in fine à la question de l’assise financière de nos structures.
Elles sont sans doute économiquement trop fragiles, ce qui doit amener la question de leur capitalisation. Le chantier est aussi ambitieux qu’il est polémique : doit-on ouvrir le capital des sociétés d’avocats à des associés, mêmes minoritaires, non avocats ?
J’entends de ma place les objections tirées notamment de l’indépendance de la profession…vaste débat porté souvent par ceux dont les difficultés économiques annihilent leur propre indépendance à la tarification.
Cette profession est belle, elle œuvre chaque jour pour garantir notre état de droit, elle mérite d’être modernisée dans une société profondément remaniée.